Lean UX : ça se précise !

Excellent meetup, organisé par Laurent Meurisse et hébergé par Bouygues Télécom le 11 Février. Nous arrivons quelques minutes en avance, l’amphithéâtre est déjà bien rempli. La conférence s’inscrit dans une série proposée par le groupe Lean startup & effectuation (effectuation = obtention des effets). Le décor est posé.

Bouygues Telecom

Jérémie Chaine,UX Designer et Céline Pineau, sociologue

Jérémie présente l’épopée d’un UX designer au sein d’un grand groupe pour évangéliser et faire en sorte que l’UX soit intégrée en amont des projet agiles. Parmi les enjeux, on retrouve l’industrialisation des bonnes pratiques, la conception itérative, le prototypage rapide et le testing. Il nous montre l’évolution d’une maquette et insiste sur l’importance de donner de la visibilité à son travail, en affichant des écrans au mur par exemple. Dans la même optique, les prototypes réalisés avec Axure sont testés et les vidéos diffusées à toute l’équipe projet pour convaincre. C’est cette approche, très factuelle et basée sur la mesure et l’observation du réel qui assoit la légitimité de l’UX au sein de l’Entreprise. Céline présente aussi les méthodes Quali-Créa pour la conception collaborative et Street Quali pour l’évaluation utilisateur. Une forme de Guerilla testing, très pragmatique, brut de décoffrage et redoutablement efficace.

Air France

Alicia Bogouslavsky, UX Manager et Sébastien Sacard, Consultant Lean Product Management

Alicia et Sébastien partagent un retour d’expérience sur une première approche Lean UX au sein d’Air France. Leur démarche se compose de 5 étapes : Discover, design, develop, launch et improve. L’UX Designer intervient aux étapes 1 et 2 puis à la fin pour l’amélioration itérative.

La présentation n’élude pas les difficultés rencontrés, par exemple, la phase discovery qui n’a pas permis de découvrir de nouveaux insights… ou encore, le fait que le projet ait été arrêté avant la phase de développement. Ceci dit, il est très intéressant de voir qu’après la phase de design, l’équipe a pu mener des tests de conception avec une boucle de rétroaction sur le prototype.

Quelques chiffres :

  • Une semaine de test avec des tests un jour sur deux et modification du prototype entre temps.
  • 15 testeurs
  • 3 indicateurs : succès aux 6 scénarios, obtention d’un signal fort sur compréhension de l’IHM, obtention d’un signal fort sur la perception de la valeur du service

Dans sa conclusion, Alicia rappelle que le contexte concurrentiel se radicalise, il faut donc intégrer le point de vue business tout au long de la démarche.

Blablacar

Julien Pelletier, Experience Designer

La notion d‘expérience va bien delà du design de l’interface. Par exemple, 99% de l’expérience de Airbnb est offline. Au delà des interfaces, le design de cette expérience consiste aussi à définir les guidelines pour bien préparer son appartement. Il cite aussi la startup Lyft et ses moustaches roses iconiques pour définir une expérience client différenciante.

Chez blablacar, la recherche utilisateur repose sur un data analyst qui fournit des analyses quantitatives et un member voice coordinator qui fournit les analyses qualitatives. La qualité de l’UX et le succès des projets dépend largement de ces deux inputs.

Julien a optimisé et outillé la chaine de production UX :

  • Sketch pour concevoir l’interface
  • Invision pour la rendre cliquable
  • Framer pour les transitions/animations
  • Zeplin pour exporter les assets pour les dévelopeurs

Le premier outil lui permet de passer progressivement de prototypes low fidelity à high fidelityLes prototypes sont partagés avec l’équipe qui teste au fur et à mesure. Il fait en sorte d’avoir un sprint d’avance sur les développeurs.

« une interface c’est comme une blague : si on doit l’expliquer, ce n’est pas bon »

Julien évoque ensuite le “test du polonais” : traduire l’interface en polonais et voir si l’interface reste compréhensible (et sans bugs). Il termine sur l’adaptation des interfaces aux différents marchés. Une même interface ne peut pas être optimisée à la fois pour 100 et 5000 items. Il y a donc un travail de redesign et d’optimisation pour faire en sorte que l’interface délivre toujours une expérience positive. Par exemple :

  • une recherche sur Paris renvoie des centaines de résultats, l’interface propose par défaut de restreindre en fonction du quartier de départ pour limiter le nombre de résultats
  • une recherche depuis un quartier de Wroclav risque au contraire de ne pas fournir de résultat. Pour augmenter le nombre de résultats, la recherche est élargie par défaut aux localités voisines et étendue dans le temps en ajoutant un jour avant et un jour après.

Dans les deux cas, l’intention est la même : maximiser les chances que l’utilisateur trouve ce qu’il cherche et renvoyer une image positive du service. Enfin, il surveille les analytics pour évaluer l’usage (et donc la valeur) de chaque nouvelle fonctionnalité et mesurer la pertinence des évolutions design. C’est passionnant et très convainquant !

iErgo

Raphaël Yharrassarry, Ergonome, UX, Psychologue, en freelance

Il y a une grande différence entre la perception l’innovation pour le donneur d’ordre (minority report, l’interface holographique de Iron man) et l’innovation UX (la recherche de la simplicité). La démonstration est très forte dans la mesure ou nous y avons tous été confrontés.

Raphael présente une très belle approche du redesign d’une télécommande, basée sur l’observation et la mesure. Un graphic représente la fréquence d’utilisation de chaque bouton. Le design s’inspire de cette information pour faire de gros boutons pour les fonctions les plus utiles et minimiser ou supprimer les fonctions inutilisées. Tout simplement !

Enfin, il prend le contrepied des méthodes agiles, en montrant des projets qui ont mis entre deux et quatre ans d’étude et de production avant d’être mis le sur marché… ou abandonnés. Avec cette démonstration par l’absurde, on voit que la vitesse est devenue facteur clé de succès de l’innovation, tout en veillant à garder du temps pour les rencontres utilisateurs en amont, et le travail de conception UX.

Conclusion

La mise en place des approches Lean UX avance à grand pas. Sans excès de dogmatisme, chacun fait au mieux pour expérimenter, tirer des enseignement afin d’améliorer de façon itérative, non seulement les produits, mais aussi la démarche. Les nouveaux standards sont en train de se dessiner.

Merci à tous les speakers et organisateurs pour ce très bon meetup.

Antoine Visonneau