Nos consultants interviennent chaque jour sur des problématiques variées et des projets ambitieux. Dans cette série d’interviews, ils partagent leur expérience, leur vision du métier et les enseignements tirés du terrain.
Pour ce septième épisode, nous partons à la rencontre de Margot Barbosa, Product Designer chez UX-Republic depuis octobre dernier. Fort de dix ans d’expérience dans le numérique, acquise en agence comme chez des acteurs majeurs tels que la SNCF et BNP Paribas, elle met aujourd’hui son savoir-faire au service d’Auchan. Entre refonte d’interfaces e-commerce, synergies avec le marketing et intégration de l’IA dans la conception, elle partage sa vision du métier : un équilibre constant entre rigueur d’exécution et empathie usager.
De la passion du graphisme à la vision macro du Product Design
Paul : Peux-tu te présenter et nous raconter ton parcours jusqu’au Product Design ?
Margot : Je suis Margot, Product Designer chez UX-Republic. Après un DUT Métiers du Multimédia et de l’Internet, j’ai poursuivi mes études en licence professionnelle puis en Master de création artistique et direction artistique. Une grande partie de mon parcours s’est faite en alternance, notamment à la SNCF et chez BNP Paribas, ce qui m’a permis d’être très tôt confrontée à la réalité du terrain.
J’ai d’ailleurs toujours su que je voulais travailler dans ce domaine : dès la classe de 3e, j’avais choisi de faire mon stage d’observation chez un designer ! Pendant mes premières années en communication interne puis en agence, j’ai développé une forte sensibilité au design UI et au webdesign.
Cette double culture me donne aujourd’hui une vision plus globale du Product Design. Il faut réussir à faire cohabiter les besoins des utilisateurs, les objectifs business et les enjeux marketing, tout en s’appuyant sur la donnée pour guider les décisions.
Paul : Quelle est ta mission actuelle chez le client ?
Margot : Je suis en mission longue durée chez Auchan, sur un important chantier de refonte de l’expérience digitale. Mon quotidien s’organise autour de plusieurs verticales stratégiques : l’espace client, avec notamment la carte de fidélité et la cagnotte, l’affichage du catalogue produits, mais aussi le checkout, c’est-à-dire tout le parcours qui va du panier au paiement en passant par le choix du créneau drive.
Mon rôle commence par le wireframing et la structuration des parcours, puis se poursuit avec la conception des interfaces dans Figma. Je prépare ensuite les livrables pour les développeurs, en veillant à leur cohérence avec le Design System et à la bonne tokenisation des composants. L’objectif est de conserver une expérience cohérente sur l’ensemble des canaux.
L’IA au quotidien : un binôme d’exploration et de gain de temps
Paul : Comment l’intelligence artificielle transforme-t-elle ta manière de concevoir ?
Margot : Je vois plutôt l’IA comme un partenaire au quotidien. Lorsque je travaille seule sur un sujet et que j’hésite entre plusieurs pistes, elle m’aide à trancher, notamment sur des critères d’accessibilité ou pendant des phases de recherche.
Dans le cadre de la refonte pour Auchan, j’ai mis en place un assistant personnalisé en y intégrant l’ensemble de nos données de recherche utilisateur, qu’elles soient quantitatives ou qualitatives. Si j’ai un doute entre deux options de design, je pose la question à cet assistant. Il parcourt les études et me pointe la solution la plus cohérente avec les retours terrain. C’est un vrai gain de temps sur la phase de vérification, même s’il faut toujours garder un œil critique pour repérer d’éventuelles erreurs.
Directement dans Figma, l’IA nous aide aussi à explorer rapidement des idées de mise en page ou à monter des prototypes interactifs. Elle ne remplace pas notre travail, mais elle accélère la réflexion et libère du temps pour l’exploration créative.
Esprit critique et sensibilité humaine : la clé pour la nouvelle génération
Paul : Quels conseils donnerais-tu aux futurs designers qui se forment aujourd’hui avec l’IA ?
Margot : Mon premier conseil serait de conserver un esprit critique très aiguisé. Il ne faut pas avoir peur de réaliser soi-même les tâches d’exécution au début de son parcours. Pour moi, c’est indispensable : il faut comprendre et maîtriser les détails du micro-design avant de vouloir se concentrer uniquement sur une vision plus macro.
L’IA est un formidable amplificateur de la réflexion, mais elle n’a ni la vision stratégique de l’entreprise ni la sensibilité humaine d’un designer. Or notre métier repose avant tout sur l’empathie.
Pour continuer à progresser et à rester pertinent dans son métier, il faut donc apprendre à utiliser l’IA au bon moment, comme un outil capable d’accélérer certaines tâches, sans cesser de développer ses propres connaissances et son regard.
Veille, culture visuelle et inspirations
Paul : Comment entretiens-tu ta culture du design et quelles sont tes ressources de référence ?
Margot : Pour tout ce qui touche à l’ergonomie et à l’UX e-commerce, je consulte régulièrement le site américain du Baymard Institute. Ils publient des études d’usage très poussées sur de grands acteurs comme Amazon, ce qui permet d’observer et de comparer très concrètement les bonnes et les mauvaises pratiques d’interface.
Sur LinkedIn et les réseaux sociaux, je suis aussi Zander Whitehurst, qui propose des micro-tutoriels très dynamiques autour des nouvelles fonctionnalités de Figma et des tendances UI.
Comme j’ai à l’origine une culture très graphique, je trouve également beaucoup d’inspiration en dehors du web, notamment dans le cinéma. Je suis une grande admiratrice de Wes Anderson. Son travail sur la symétrie, la composition et le cadrage crée un ordre visuel que je trouve passionnant, et que j’aime garder en tête lorsque je structure des interfaces au quotidien.
Un mot pour la communauté
Paul : Quel message aimerais-tu transmettre aux designers ?
Margot : Gardons en tête que notre priorité reste l’empathie envers les utilisateurs. Il ne faut pas se perdre uniquement dans les chiffres ou la technique. Notre rôle reste de créer des produits simples, accessibles et inclusifs, pensés pour toutes les personnes, quelles que soient leurs contraintes ou leurs handicaps.
Paul Courtois
Assistant Marketing & Communication Digitale chez UX-Republic



