Zoom sur nos talents : l’Interview d’Emilie Moreau, UX/UI Designer chez UX-Republic

Ils imaginent, recherchent, conçoivent et transforment les expériences de demain. À travers cette série d’interviews, découvrez les parcours, les expertises et les inspirations de nos consultants.

Pour ce quatrième épisode, découvrez le portrait d’Emilie, designer au profil hybride entre UX Research et UI design. En mission à la STIB/MIVB à Bruxelles, elle nous livre une vision pragmatique du métier : de l’exigence du terrain à l’impact réel de l’IA sur l’avenir des designers.

Qui est Emilie ?

Emilie se destinait d’abord au graphisme traditionnel, mais le manque d’objectivité des retours créatifs l’a poussée à chercher un cadre plus rationnel. C’est sur les conseils de son frère, développeur iOS, qu’elle découvre le design numérique : un univers où la créativité s’exprime dans le respect de standards d’ergonomie et de règles d’expérience utilisateur claires. Après un Bachelor en Webdesign où elle touche à l’UI design et au développement front-end, elle complète son bagage avec un Master spécialisé en UX Research.

Arrivée chez UX-Republic (groupe Smile) début 2025, cette designer hybride enchaîne les projets d’envergure pour des acteurs comme Renmans, ASD-Europe ou la STIB/MIVB à Bruxelles, où elle conçoit au quotidien des interfaces mobiles déployées auprès de milliers d’utilisateurs.

De la théorie à la pratique : qu’est-ce que l’UX & le Service Design ?

Inès & Paul : Comment définirais-tu l’UX Design pour quelqu’un qui découvre le métier, et comment cela s’applique-t-il sur le terrain ?

Emilie : L’UX Design consiste avant tout à comprendre comment un utilisateur va pouvoir atteindre son objectif sur un produit de la manière la plus fluide possible : que ce soit pour acheter un article, effectuer une réservation ou trouver une information clé.

Pour cela, nous menons des entretiens, nous faisons passer des tests, nous analysons ce que font d’autres acteurs du marché et nous nous inspirons de multiples parcours existants.

Il faut savoir que l’UX Design ne se limite pas aux écrans : il s’applique aussi au Service Design. Nous l’avons expérimenté chez Decathlon, où l’enjeu était de concevoir l’expérience globale, en ligne et en magasin, pour la souscription d’un leasing de vélo. Il a fallu cartographier toutes les étapes de l’expérience, de l’échange physique avec le vendeur jusqu’à la connexion sur le site web.

Inès & Paul : Sur quels types de projets et de supports travailles-tu au quotidien ?

Emilie : C’est très varié ! Aujourd’hui, je suis en mission long terme à la STIB (la société des transports intercommunaux de Bruxelles) au sein du pôle Mobile App. Depuis un an et demi, je m’occupe des nouvelles interfaces, de la mise à jour des écrans, du handover (la passation) avec les équipes de développement et de la mise à jour du design system.

Comme cette mission s’effectue à raison de deux jours par semaine, je mène d’autres projets en parallèle pour des sites web, des applications métier ou la création de Design Systems. J’ai ainsi pu intervenir pour l’enseigne de boucherie Renmans sur la refonte de leur service Click & Collect, pour l’intranet de ASD (Aerospace and Defence Industries Association of Europe), ou encore pour la RTBF (le média public belge).

Qu’il s’agisse de créer des composants partagés sur Figma ou de penser un parcours utilisateur global, mon cœur d’activité reste la création d’écrans utiles et engageants.

L’IA au quotidien : gain de vélocité et réalités du marché

Inès & Paul : L’intelligence artificielle transforme nos métiers. Quels outils utilises-tu au quotidien et comment perçois-tu cette évolution ?

Emilie : Je vois notre métier se transformer vers plus d’efficacité. En automatisant les tâches répétitives, les outils IA nous font gagner un temps précieux pour nous concentrer sur la réflexion stratégique et la conception à forte valeur ajoutée.

Au-delà des agents conversationnels comme ChatGPT, mon outil de prédilection reste Figma et ses fonctionnalités IA avancées. Ces options nous permettent de lier nos composants, d’adapter nos écrans ou d’en générer de nouvelles déclinaisons via de simples requêtes textuelles (prompts via Figma Make). En s’appuyant sur notre Design System, l’outil peut générer très rapidement des parcours d’écrans.

C’est un atout majeur sur des projets courts où les équipes business ont besoin d’avoir très vite un aperçu visuel ou un prototype fonctionnel pour se projeter, sans chercher la perfection au pixel près dès le premier jet.

Inès & Paul : Te sens-tu menacée par cette automatisation ou y vois-tu surtout une opportunité ?

Emilie : Y voir un gain d’efficacité est une certitude, mais il faut rester lucide. Sur la plupart de mes projets, je suis la seule designer de l’équipe : tant qu’il y aura besoin d’interfaces pensées pour des humains, le rôle d’UX designer restera indispensable.

En revanche, l’IA transforme le marché du travail : en automatisant les tâches d’exécution simples, elle monte la barre pour les profils juniors, à qui l’on demande désormais une autonomie plus rapide. Le vrai piège pour la relève est de trop s’appuyer sur la machine dès le début et de sauter l’apprentissage fondamental, celui de chercher par soi-même et d’affûter son propre esprit critique.

La valeur irremplaçable de l’humain : l’expérience terrain

Inès & Paul : Quelles sont les dimensions du design que l’IA ne pourra jamais remplacer ?

Emilie : Ce qu’une IA ne pourra jamais remplacer, ce sont les utilisateurs réels : leurs ressentis, leurs réactions spontanées et la façon dont ils interagissent physiquement avec une interface.

Nous aurons toujours besoin d’échanger directement avec des personnes sur le terrain, d’observer si elles cliquent au bon endroit ou si l’information est trouvée naturellement. Les machines ne peuvent pas inventer l’expérience humaine à notre place.

De plus, les retours des utilisateurs sont sujets à interprétation : il faudra toujours la sensibilité d’un œil humain pour analyser les réponses à nos écrans, déceler les verbatims clés et construire un fil conducteur logique.

Formation, communauté et veille : nourrir sa pratique du design

Inès & Paul : Comment fais-tu pour entretenir ta curiosité et préserver ton esprit critique au quotidien ?

Emilie : La clé, c’est la formation continue et l’ouverture aux nouvelles méthodologies et outils. Via UX-Republic, j’ai eu la chance d’assister à des conférences comme les UX days (Flupa), UX Brighton, ou Into Design Systems ou j’apprend les évolutions du métier. J’ai aussi accès à la plateforme Udemy, sur laquelle je suis régulièrement des cours dès qu’une nouveauté intéressante apparaît, par exemple sur l’IA ou l’accessibilité.

Je mise aussi beaucoup sur le partage avec mes pairs, qu’ils soient UX designers ou développeurs. En Belgique, je participe à des événements de networking comme les UX Beers. Rencontrer la communauté et discuter de l’évolution de nos pratiques nous force à sortir des cases prédéfinies et à enrichir notre vision du métier.

Enfin, je lis beaucoup de livres spécialisés. Je recommande notamment deux classiques incontournables : Universal principles of design de William Lidwell et The design thinking toolbox de Michael Lewrick. Ceci dit, les livres qui m’ont le plus aidé à mes débuts ont été Don’t Make Me Think de Steve Krug pour comprendre l’ergonomie web, et The Design of Everyday Things de Don Norman pour appréhender les principes du design centré utilisateur.


Inès Mallick
Assistante Marketing & Communication Digitale chez UX-Republic

 

 


Paul Courtois
Assistant Marketing & Communication Digitale chez UX-Republic