Le Design Sonore : Rencontre avec Antoine Châron – Partie.1.2

Mar 30, 2015
Sébastien Berten

Le son a du sens, le son donne du sens. Le design sonore est une valeur ajoutée au service du marketing et du brand management, consciemment ou non, nous avons tous en tête “les cliquetis” de notre smartphone lorsque nous écrivons un texto ou encore le bruit d’un claquement de portière automobile – derrière ce quotidien se cachent des experts en Design Sonore.

Découvrons ensemble quelle réflexion y a-t-il derrière la création d’un design sonore ? Quelles sont les bonnes pratiques ? Comment créer du lien avec le consommateur ? Pour répondre à toutes nos interrogations, Antoine Châron designer sonore de l’agence Sound-to-sight va nous aider à découvrir cette nouvelle approche du design.

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Avant toute chose, qu’est que le design sonore ?

Le design sonore est quelque chose de tentaculaire. Pour nous, c’est donner du sens par les sons.
C’est de la création sonore appliquée à tous les domaines pouvant nécessiter l’apport de sons. Bien entendu nous pensons au cinéma, à la radio, à la publicité ; mais le design sonore touche également l’architecture, les objets connectés, les interfaces, la scénographie, l’automobile, le handicap. Le design sonore, contrairement à une pratique purement musicale, adapte les méthodes d’analyse traditionnelles du designer pour déterminer des concepts et réaliser des sons qui seront adaptés à l’usage, aux comportements, et à fortiori au design et à l’image de marque. Le but ultime, relier l’ergonomie à l’esthétique et au marketing.

Quelles sont les méthodes de création et réflexion d’un designer sonore ?

Le problème du design sonore, c’est le vocabulaire. Nous vivons dans une société qui, culturellement et consciemment, utilise son sens de la vision avec plus de facilité que les autres. Alors quand nous faisons des sons de quelques millisecondes, nous sommes naturellement démunis pour en parler à nos clients.

Nous avons mis au point deux outils qui nous permettent de pallier ce manque. Ils permettent d’une part de mettre des mots sur de l’impalpable, mais en plus, de faire participer les équipes de développement dans le processus de création.

Il y a d’abord le « soundboard » qui, à la manière du moodboard traditionnel, relie des mots et des images pour définir un univers, que ce soit celui d’un produit ou d’une marque. Sauf que nous y ajoutons des sons, des sons issus de l’imaginaire collectif, de films, de la nature, d’objets sonores divers. Puis tous ensemble nous les écoutons, validant certains en supprimant d’autres. Les quelques restants valident une idée commune de l’univers sonore vers lequel nous devrons aller pour la création. Cette phase de définition de l’univers sonore est primordiale, elle fait un premier contact avec le client, contact convivial et qui l’implique directement dans le projet. Mais surtout, sans cette phase, nous serions obligés de faire parler nos sensibilités propres dans un contexte où le cahier des charges n’est jamais défini ; nous irions donc dans une direction qui serait notre propre interprétation d’un mot en particulier, par exemple « organique », « boisé », « familiale », « sensuel ». En faisant cela, nous aurions une forte probabilité de partir dans une direction sonore inadéquate. Car le client, bien qu’étant incapable de définir son envie, a néanmoins une idée globale qu’il faut comprendre pour proposer quelque chose dans son sens ou en contre-pied.

Un autre point qui nous est propre, nous sommes d’ailleurs les seuls à faire cela dans ce contexte, c’est la représentation graphique des sons. Il est impossible de faire une écoute de sons non musicaux, courts, abstraits, et de pouvoir les commenter pour les modifier, les analyser.

Nous dessinons les sons !

C’est un travail de synesthésie qui permet à n’importe qui de pouvoir parler de ce qu’il entend, et d’apporter des modifications graphiques que nous traduisons de nouveau en audio. Une fois de plus, c’est une étape indispensable pour que le processus avance rapidement et avec le plus de sérénité possible. Nous sommes dans l’abstrait ; rendre la chose concrète rassure, implique et offre un meilleur taux de réussite.

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Comment abordez-vous le concept de design sonore auprès de vos clients ?

C’est une question compliquée parce que chaque cas est différent. De plus, notre activité n’est pas du tout entrée dans les habitudes ; nous devons donc faire preuve de pédagogie. Sur un cas particulier comme celui des interfaces homme-machine, nous évoquons plusieurs choses. Notamment la capacité des sons à véhiculer du sens plus rapidement que les éléments graphiques. Ensuite, la capacité inconsciente des sons à créer des images mentales, à stimuler l’imaginaire. À cela, nous ajoutons que dans la globalité et la multitude de ce que le marché offre en terme de services ou de produits, le client peine à trouver de véritables éléments de différenciation. Or, le design sensoriel est trop peu exploité.

Le design sensoriel c’est travailler sur les sens d’une manière globale pour offrir une expérience particulière au consommateur.

Nous savons pertinemment, notamment grâce à l’imagerie cérébrale et à la psychologie expérimentale, que les sens interagissent entre eux et que les sons, comme l’odeur ou le goût, peuvent complètement changer la perception d’un produit voire même créer une « distorsion émotionnelle ».
Nous faisons d’ailleurs le constat d’une multitude de négligences dans l’électroménager par exemple, avec des machines à laver « hautement technologiques » qui émettent des sons criards pour indiquer la fin d’un cycle. Ou bien encore le fait que les sons dans les voitures soient identiques que l’on soit dans une berline luxueuse ou une petite citadine. Personne ne le remarque vraiment, mais en faisant des tests à l’aveugle, nous savons que les sons permettent de complètement modifier la perception d’un produit et de véhiculer autre chose, une identité, une qualité justement perçue, des valeurs.

Voilà ce que nous vendons à nos clients, de la différenciation, une expérience nouvelle. Ce qu’ils peuvent percevoir comme un détail est en fait la pierre angulaire d’une démarche sensorielle globale.
Lorsque nous aurons tous les mêmes services sur nos poignets, dans nos voitures, dans nos maisons, dans nos téléphones ; et que l’incarnation de ce service sera intangible, le son sera une véritable signature.

Carine Renaud, UX-Evangelist @CarineWhatElse –  Fondation UXLab @UX-Republic

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