L’IA vous fatigue ? Entre injonction technologique et perte de contrôle, l’utilisateur sature. Pourtant, la réponse ne réside pas dans le rejet, mais dans la GenUI : une nouvelle ère où l’interface s’efface pour laisser place à un design orienté résultats, enfin taillé pour vos besoins réels.
Pourquoi parle-t-on d’AI fatigue ?

Source : Freepik
L’intelligence artificielle a été présentée comme une révolution technologique, mais la réalité est aujourd’hui bien plus complexe.
Les premiers systèmes d’IA générative (chatbots, générateurs d’images) exigeaient des re-prompts et des corrections constants, dans un cycle répétitif de « demander → évaluer → réessayer → corriger → revérifier », laissant l’utilisateur épuisé par l’obligation de “gérer” l’IA.
Dans le rapport Trending 2025 – The Era of Initiative publié par Foresight Factory, près d’un consommateur sur deux (46 %) se dit lassé des algorithmes qui contrôlent ce qu’il voit, et 55 % se sentent submergés par du contenu généré par l’IA. Des économistes emploient même le terme d’« enshitification » pour décrire la dégradation de la qualité des contenus et des services numériques. Au-delà de l’usage, et dans un contexte plus large, l’IA est omniprésente. Cette surexposition crée un sentiment de pression d’adoption, sous peine de passer à côté de quelque chose (effet “FOMO”), ce qui ajoute une fatigue émotionnelle à la fatigue cognitive.
La fatigue de l’IA (AI fatigue) n’est autre que le résultat d’un discours idéaliste et d’une pression socioculturelle, renforcés par une conception produit mal pensée. Elle provient souvent d’une perte d’authenticité (algorithmes opaques, IA envahissante) que les utilisateurs souhaitent reprendre en main.
Beaucoup confondent encore une IA qui « remplit les flux » (algorithmes de recommandation, scroll infini, assistants intrusifs) et une IA qui permet de créer ou d’interagir intelligemment. Résultat : ils rejettent l’IA en bloc par simple ras-le-bol ou méfiance.
Or, cette fatigue provient d’une friction non résolue. Par exemple, pourquoi Siri me montre-t-il une liste d’hôtels alors qu’il pourrait directement faire une réservation à ma place ? C’est précisément dans ce contexte d’AI fatigue que la GenUI émerge : non pas comme une énième interface automatisée, mais comme une nouvelle manière de redonner du contrôle et du sens à l’expérience utilisateur. Elle devient une réponse à la fatigue, pas la cause.
Qu’est-ce que la GenUI ?
Une Generative User Interface (GenUI) est une interface utilisateur générée dynamiquement, en temps réel, par une intelligence artificielle, afin d’offrir une expérience personnalisée selon les besoins et le contexte de l’utilisateur.
Source : Nielsen Norman Group
Jusqu’à aujourd’hui, les interfaces sont conçues pour satisfaire le plus grand nombre possible d’utilisateurs. Qu’est-ce que cela impliquerait pour notre quotidien d’UX designer si les interfaces de demain devaient être ultra-personnalisées ?
Bien que nos méthodes de travail soient amenées à évoluer, nos compétences fondamentales demeurent plus que jamais essentielles : résolution de problèmes centrés sur les utilisateurs, pensée critique, curiosité et vision globale.
Dans le contexte GenUI, l’évolution de l’UX design se dessine comme un passage obligé du design d’interface au design de résultat.
Le “Outcome-Oriented Design” – Le design orienté résultats
Source : Freepik
Sam ouvre son application Delta Airlines pour réserver un vol à destination de Chicago dans le cadre d’un déplacement professionnel. C’est une voyageuse fréquente chez Delta.
Sam est dyslexique, ce qui est indiqué dans son profil utilisateur. Son application Delta personnalisée utilise une police spéciale et un contraste de couleurs adapté pour rendre le contenu plus facile à lire.
Sam s’adresse à l’assistant vocal Delta et demande à voir les vols pour Chicago, du 6 au 10 mai. Comme elle n’a pas précisé d’aéroport de départ, l’application suppose qu’elle part de son aéroport habituel à Miami et lance la recherche.
Pendant que le système affiche les options, il vérifie également s’il y a des événements ou des conditions météorologiques pouvant impacter le voyage de Sam. Un message d’alerte s’affiche à l’écran, l’informant qu’un événement majeur est prévu à ces dates, ce qui rendra le voyage plus onéreux. Le système lui recommande donc de réserver son vol et son hôtel au plus tôt.
La présentation des résultats de vol est entièrement déterminée par les habitudes et préférences passées de Sam. Elle accorde le plus d’importance au prix et à la durée du trajet ; ces informations sont donc mises en avant et classées en fonction de ces critères.
La première option de la liste correspond parfaitement à ses besoins, mais un message d’alerte indique qu’il n’y a plus de places côté hublot. Or, Sam préfère toujours être près du hublot, donc elle passe à l’option suivante.
Sam ne prend jamais de vols de nuit, donc ces derniers sont placés tout en bas de la liste.
Grâce à la GenUI, Delta peut offrir une expérience aussi personnalisée à chacun de ses 190 millions de voyageurs annuels.
Le storytelling est essentiel pour communiquer les résultats attendus (par exemple, lors des restitutions de recherche utilisateur) afin de montrer comment le produit crée de la valeur pour les utilisateurs.
Cette approche, appelée « outcome-oriented design » (design orienté résultats), se concentre sur les effets concrets qu’un produit ou service génère pour les utilisateurs et pour l’entreprise, plutôt que sur les livrables ou fonctionnalités produites.
Comme le souligne NN/g dans son rapport « The UX Reckoning: Prepare for 2025 and Beyond », les designers doivent aller au-delà des effets de mode, développer des compétences transverses (gestion de produit, stratégie business, etc.) et se concentrer sur des résultats significatifs plutôt que sur des livrables tape-à-l’œil.
Conclusion
Nous espérons qu’à long terme, la GenUI aura un impact positif sur l’expérience des utilisateurs avec une avancée majeure dans l’accessibilité numérique.
Cependant, à court terme, nous pourrions faire face à de nombreux défis. Les problèmes de la GenAI sont aussi ceux de la GenUI. Les limitations actuelles des modèles d’IA générative se répercuteraient directement dans une interface générative.
Du point de vue technique et matériel, il faudra une puissance de calcul énorme pour générer en direct une interface unique pour chaque utilisateur, partout dans le monde. Il faudra patienter encore quelques années avant que la majorité des utilisateurs ne disposent de la puissance nécessaire pour bénéficier pleinement de la GenUI.
Aussi, pour produire une expérience aussi personnalisée que l’exemple de réservation de vol mentionné plus tôt, un système GenUI devra comprendre en profondeur chaque individu en récoltant une quantité importante d’informations contextuelles. Cela soulève des risques majeurs pour la vie privée et la sécurité des utilisateurs.
Enfin, des interfaces qui changent constamment pourraient poser des problèmes d’utilisabilité. Une grande partie de la compréhension des interfaces web modernes repose sur des standards de design (par exemple, un logo en haut à gauche). Plus un site est utilisé, plus il devient familier et intuitif. Si la GenUI modifie l’interface à chaque interaction, les utilisateurs pourraient être confrontés à un besoin constant de réapprentissage, générant de la frustration, surtout pendant la phase de transition.
Le défi des prochaines années sera de transformer la puissance de la GenUI en une expérience réellement humaine. À l’ère de l’IA, le rôle du designer n’est plus seulement de concevoir des interfaces, mais de préserver la confiance, la cohérence et l’éthique dans la relation homme-machine.
Sources :
- Trending 2025 The Era of initiative
- Trending 2025 revisited
- Generative UI and Outcome-Oriented Design
- The UX Reckoning: Prepare for 2025 and Beyond
Sandra Tsang, UX/UI Product Designer chez UX-Republic


