Zoom sur nos talents : l’Interview d’Anaïs Bernard, Product Designer chez UX-Republic

Chez UX-Republic, nos consultants ont du talent, des convictions et des histoires passionnantes à raconter. Pour mieux comprendre leur quotidien et mettre en lumière leurs expertises, Inès Mallick et Paul Courtois, tous les deux stagiaires en Marketing, ont pris l’initiative de lancer une toute nouvelle série d’interviews.

Pour ce premier épisode, ils sont allés à la rencontre d’Anaïs Bernard, Product Designer dans notre agence lilloise. Actuellement en mission chez Leroy Merlin, Anaïs livre sans filtre sa réalité de terrain. Elle explique comment elle utilise l’IA pour traiter de gros volumes de recherche, sans jamais sacrifier le cœur de son métier : l’empathie et le contact humain. 

Découvrez le parcours d’une designer “couteau suisse” qui conçoit pour le monde réel.

Qui est Anaïs Bernard ?

Anaïs n’a pas suivi un parcours académique linéaire, et c’est précisément ce qui fait sa force. Après s’être cherchée entre la psychologie, l’histoire et les arts plastiques, cette passionnée de jeux vidéo trouve sa voie en décrochant une licence en design graphique et d’interaction. Refusant de s’enfermer dans un marché du graphisme saturé, elle se spécialise en UX via un cursus, basé sur la pratique en entreprise.

Aujourd’hui, cela fait sept ans qu’elle exerce. Entrée chez UX-Republic il y a un peu plus d’un an, elle est immédiatement partie en mission chez Leroy Merlin. D’abord positionnée sur de l’UX pure, elle y évolue aujourd’hui comme Product Designer. Pour elle, l’IA est devenue un assistant indispensable au quotidien.

Le cœur de la mission chez Leroy Merlin

Inès & Paul : Quelles sont tes principales missions chez Leroy Merlin ?

Anaïs : Tout dépend de la phase du projet. En ce moment, je fais beaucoup de Discovery (la phase d’exploration et de recherche utilisateur). Je mène des études quantitatives ainsi que des études qualitatives via des interviews terrain. En dehors de la recherche, je travaille sur les phases d’itération et de création. Nous organisons des workshops (ateliers co-créatifs) avec les utilisateurs, les équipes métiers ou les magasins, puis nous priorisons. J’ai la chance d’être pleinement intégrée par mes équipes dans la construction de la roadmap (feuille de route du produit).

Enfin, on passe à la conception graphique et au maquettage. Comme je suis la seule designer de mon équipe, je gère à la fois l’UX et l’UI. Dans d’autres équipes chez Leroy Merlin, ces rôles sont séparés pour mieux répartir la charge.

Inès & Paul : Au sein de ton équipe, travailles-tu seule ou es-tu entourée ?

Anaïs : Côté design, je suis seule. En revanche, je travaille toujours en binôme avec le Product Manager (PM). J’intègre aussi énormément les développeurs dès les phases de création. Ils me permettent de valider immédiatement la faisabilité technique de mes idées et m’apportent des perspectives auxquelles je n’aurais pas pensé. Intégrer la tech dès le départ évite les clivages stériles entre création et technique.

Donner du sens et rester humain

Inès & Paul : Qu’est-ce qui t’anime le plus aujourd’hui dans ton métier ?

Anaïs : C’est le côté humain, le contact. Chez Leroy Merlin, j’adore échanger avec le personnel en magasin. Nous travaillons au siège, là où les décisions sont prises, mais il y a parfois un décalage avec le terrain. Nous faisons ce lien.

Parfois, on mène une interview sur un outil très spécifique, et les équipes en magasin en profitent pour nous parler de tout autre chose parce qu’elles ont simplement besoin d’être écoutées. On apprend énormément sur leur quotidien. Mon travail permet, à son échelle, d’améliorer et de simplifier la vie de quelqu’un. À l’avenir, pour être en accord total avec mes valeurs, j’aimerais d’ailleurs m’orienter vers les domaines du médical, de l’écologie ou du social.

L’IA au service de la Research : le cas pratique

Inès & Paul : Aurais-tu un cas concret où l’utilisation de l’IA t’a bluffée ?

Anaïs : Sur mon étude quantitative actuelle chez Leroy Merlin, j’ai accumulé 800 réponses, avec énormément de commentaires libres. C’est une charge de travail colossale et chronophage. J’ai testé Claude d’Anthropic pour m’aider, et l’outil s’est révélé d’une efficacité redoutable pour l’analyse de données et l’UX Writing.

L’IA a catégorisé mes réponses libres, les a converties en pourcentages précis, a créé des tableaux comparatifs par profil et a fait remonter les verbatims les plus pertinents. C’est d’une puissance extrême et le gain de temps est considérable. Évidemment, je vérifie toujours les résultats pour m’assurer qu’il n’y a pas “d’hallucinations”, car lorsque le contexte est trop volumineux, l’IA peut dériver.

“L’IA a une approche purement statistique des données. Le designer, lui, analyse les émotions pour comprendre les points de friction”.

Inès & Paul : Est-ce que le designer de demain risque d’être remplacé par l’IA ?

Anaïs : Selon moi, il y a un aspect où l’IA ne peut pas nous remplacer : la compréhension fine du terrain. L’IA ne se nourrit que des données qu’on lui fournit. Elle n’a aucune visibilité sur les conditions physiques de travail de nos vendeurs en magasin ou sur l’historique de leurs outils. De plus, l’utilisation de licences d’entreprise protège nos données car les IA grand public ne peuvent pas s’en nourrir, préservant ainsi la valeur de notre travail.

Inès & Paul : Comment fais-tu pour garder un esprit critique face aux résultats générés ?

Anaïs : D’abord, par responsabilité écologique, j’utilise l’IA avec parcimonie. Si je peux faire le travail moi-même de manière plus responsable sur de petites volumétries, je me passe d’elle pendant plusieurs mois.

Ensuite, l’esprit critique repose sur l’analyse des émotions. L’IA a une approche purement statistique des données. Le designer, lui, décode la frustration sous-jacente. Lors des interviews, l’IA ne me sert qu’à la retranscription et au chiffrage. L’analyse des tons de voix, des silences et de l’invisible naît uniquement de la discussion humaine. Je reste très mesurée sur les outils qui prétendent analyser les expressions du visage.

Inspirations et veille technologique

 

Inès & Paul : Aurais-tu une recommandation culturelle qui a marqué ta vision du design ?

Anaïs : Côté bouquin, sans hésiter : L’UX dans le cerveau du gamer : Neurosciences et expérience utilisateur dans le jeu vidéo de Célia Hodent. C’est passionnant.

Sur la vision globale du métier, je repense souvent à une conférence des UX Days d’il y a deux ou trois ans sur le design systémique. Un designer y expliquait comment il avait repensé tout un service hospitalier sans aucune dimension numérique : réouvrir l’espace physique, repositionner le poste des infirmières au centre de l’action pour qu’elles interviennent plus vite, optimiser l’orientation des familles… C’est cela qui résonne en moi : concevoir pour le monde réel.

Le mot de la fin

Inès & Paul : Et si tu devais imaginer l’IA dans quelques années ?

Anaïs : Je pense que sur le plan professionnel, nous verrons moins de profils d’exécutants purs et beaucoup plus de rôles de “Prompt Engineers” hautement spécialisés par domaine. On aura peut-être des ingénieurs en prompt appliqués au développement ou au design plutôt que des profils traditionnels. C’est comme ça que nos métiers vont se transformer !

Inès & Paul : Pour conclure, quel message aimerais-tu adresser à la communauté UX ?

Anaïs : Gardons le cap ! Nous ne serons pas remplacés demain. Continuons à prouver la valeur de notre démarche en mettant de l’humain dans nos conceptions, surtout lorsque les produits bousculent nos convictions. Servons-nous du design comme d’un levier pour défendre les sujets qui comptent vraiment.

 


Inès Mallick
Assistante Marketing & Communication Digitale chez UX-Republic

 

 

 


Paul Courtois
Assistant Marketing & Communication Digitale chez UX-Republic