De l’UX à l’AX : ce que les agents IA changent vraiment pour les designers

De l’UX classique à l’AX (Agent Experience), les agents IA redessinent les règles du design d’interface. Analyse des évolutions clés, du protocole MCP aux opportunités concrètes pour les équipes UX/UI.

Un article signé Yasmina Belhadj, UI/UX Designer chez UX-Republic.

Deux cartographies, trois ans d’écart

Il suffit de comparer deux images pour mesurer la vitesse du changement. En 2023, un tableau circulait sur LinkedIn pour recenser les outils d’IA par catégorie : Text, Video, Audio, Face, Legal, Voice, Meeting, Productivity, Coding. Une dizaine de cases, quelques logos par case. Claude y figurait à peine. Le terme qui dominait alors partout : IA générative.

Trois ans plus tard, le mapping des LLM et des systèmes IA ressemble à une carte du ciel — des dizaines de bulles organisées par fonction (Creative & Generative, Reasoning & Knowledge, Interaction & Assistance, Perception & Recognition, Ethical & Trustworthy AI…). Le nombre d’acteurs a explosé. Et un terme s’est glissé dans toutes les conversations produit : l’IA agentique.

Ce n’est pas qu’un changement de vocabulaire : c’est une mutation fondamentale de ce qu’on attend d’une interface.

IA générative vs IA agentique : la différence qui change tout pour un designer

L’IA générative crée du contenu à partir d’un prompt (texte, image, son, vidéo). L’IA agentique, elle, agit de manière autonome pour atteindre un objectif : elle décide, enchaîne des étapes et s’adapte.

Dans les deux cas, l’utilisateur est face à une interface conversationnelle où il exprime une intention plutôt que de naviguer dans un menu classique. Mais l’agent va plus loin : il consulte des données externes, interagit avec des applications et accède à des documents métiers.

Guide du serveur MCP de Figma

Nos interfaces, pensées à l’origine exclusivement pour des humains, deviennent ainsi le terrain d’une expérience agentique — on parle désormais d’AX (Agent Experience) ou d’Agentic Design.

Le rôle clé du protocole MCP (Model Context Protocol)

Ce qui rend cette évolution techniquement possible, c’est le Model Context Protocol (MCP) : un standard qui relie un modèle d’IA aux outils et aux données dont il a besoin pour agir. Grâce au MCP, un agent peut chercher une information dans un CRM, consulter une documentation interne ou créer une tâche dans un outil de gestion, sans nécessiter d’intégration spécifique pour chaque service.

Concevoir pour les agents : à quoi ressemble l’AX au quotidien ?

From UX to AX: Why Agent Experience is the Next Frontier in Business AI

Le rôle de l’UX Designer ne se limite plus à optimiser un parcours utilisateur humain. Il faut désormais intégrer les besoins d’un agent pour qu’il puisse fonctionner efficacement :

  • Des données structurées et cohérentes : un agent qui doit remplir un formulaire ou récupérer une information a besoin de champs clairement nommés et balisés, et non d’une interface graphique pensée uniquement pour l’œil humain.

  • Une documentation exploitable : du contenu lisible par un humain et interprétable par une machine (textes alternatifs, métadonnées, hiérarchie sémantique du contenu).

  • Des échanges standardisés entre systèmes : par exemple, le serveur MCP de Figma permet à un agent d’extraire directement une variable de design system ou un composant, plutôt que d’essayer de deviner une valeur à partir d’un export d’écran.

Concrètement, un design system bien documenté et exposé via un serveur MCP fait toute la différence entre un agent capable de produire un écran parfaitement aligné sur la charte de marque et un agent qui réinvente sa propre palette de couleurs à chaque génération — le fameux syndrome du design « propre mais générique » que constatent aujourd’hui de nombreux designers.

L’UX reste centrée sur l’humain, mais les parcours évoluent

Le mot d’ordre reste inchangé : human first, l’utilisateur au centre. Ce qui change, c’est que les besoins de cet utilisateur évoluent en même temps que les interfaces. La montée en puissance des chatbots et assistants virtuels redistribue les endroits et les manières dont l’utilisateur accède à l’information.

Un signal fort de ce glissement : les Google Overviews (résumés générés par IA en haut des résultats de recherche) ont eu un impact négatif mesurable sur le trafic de nombreux sites web. Quand l’IA répond directement dans la page de recherche, l’utilisateur ne clique plus vers le site — et donc plus vers l’interface conçue par le designer. Le parcours traditionnel que nous optimisions hier (de la recherche au site) perd une partie de sa pertinence lorsque l’agent intercepte l’utilisateur en amont.

State of the Designer 2026 : les designers se penchent sur l’incertitude du parcours d’achat | Figma Blog

C’est cette bascule que confirme l’étude State of the Designer 2026 publiée par Figma : si la majorité des designers interrogés déclarent que les outils d’IA les aident à travailler plus vite et à créer de meilleurs designs, une part significative (26 % pas du tout d’accord, 49 % pas d’accord) estime aussi que ces outils les ralentissent parfois. Le gain de productivité n’est donc ni automatique, ni uniforme.

Les nouvelles compétences du designer à l’ère de l’AX

Face à ces mutations, une nouvelle palette de compétences s’impose aux équipes design :

  1. Comprendre le raisonnement de l’agent : savoir comment un agent appréhende une tâche et quelles données il consomme.

  2. Renforcer la collaboration Tech & Data : travailler étroitement avec les équipes Data et les développeurs pour structurer l’information.

  3. Penser les interactions inter-systèmes : concevoir la manière dont différents systèmes et agents dialoguent entre eux.

  4. Adopter un vocabulaire plus technique : s’approprier un champ lexical à la croisée du design, de la data et de l’architecture logicielle.

IA et UI : les 3 scénarios d’usage actuels

Sur le plan de la conception d’interfaces (UI), trois grands scénarios émergent dans les outils du marché (Figma Make, Lovable, Uizard, Galileo, Claude Design, Google Stitch…) :

  • Scénario 1 : Concevoir un produit en partant de zéro (from scratch).

  • Scénario 2 : Générer des variantes à partir d’un design existant.

  • Scénario 3 : Générer des écrans à partir d’un design system établi.

Après retours d’expérience et tests sur ces outils (génération d’images comprise), le Scénario 3 s’avère de loin le plus pertinent pour un designer en agence : c’est là que l’outil d’IA respecte une identité de marque déjà posée, au lieu d’en inventer une nouvelle à chaque itération.

https://trello.com/b/6XLTeqJn/boite-a-outils-designia

Conclusion : l’AX design comme extension de l’UX

On lit souvent que l’IA accélère le designer, multiplie la production ou amoindrit l’empathie. Pourtant, le centre de gravité de l’UX reste l’utilisateur. Une nouvelle discipline vient simplement s’y adosser : l’AX Design. Loin de remplacer l’UX, elle l’étend à un nouvel interlocuteur privilégié : l’agent IA.

Sources et pour aller plus loin :

Yasmina Belhadj, UI/UX Designer chez UX-Republic