Zoom sur nos talents : Philippe Elovenko, Design system manager et spécialiste IA chez UX-Republic

Chaque parcours nourrit une manière différente de penser et de pratiquer le design. Cette série d’interviews célèbre la diversité des profils, des expertises et des expériences au sein d’UX-Republic.

Pour ce sixième épisode, découvrez le portrait de Philippe Elovenko, Design system manager chez UX-Republic. Avec plus de 10 ans d’expérience dans le design et 4 ans en mission auprès d’Arval (BNP Paribas), Philippe est au cœur des transformations technologiques. Passionné et visionnaire, il nous partage sa transition vers un design augmenté par l’IA, les nouveaux modes de travail collaboratifs et sa vision d’un métier en pleine mutation.

Du montage vidéo à la création de produits digitaux

Paul : Peux-tu te présenter et nous raconter ce qui t’a amené vers le design ?

Philippe : Je suis Philippe Elovenko, Design System Manager chez UX-Republic. J’ai un Master en Multimedia Management, ce qui m’a apporté une double compétence en gestion de projet IT et en design. Avant de rejoindre l’agence il y a quatre ans, j’ai été formateur en freelance puis premier designer interne au groupe ADP, où j’ai notamment structuré leur Design System

Au départ, je venais d’un BTS en maintenance informatique. C’est en faisant du montage vidéo pour des contenus sur les réseaux sociaux que j’ai commencé à utiliser la suite Adobe et à prendre goût à la création. Un ami qui s’orientait vers le design m’a fait découvrir ce milieu et je suis tombé amoureux de la dimension créative du métier. Aujourd’hui, je me concentre sur la création de produits pour faire en sorte qu’une interface réponde parfaitement aux besoins des utilisateurs.

Paul : Quelle est ta mission actuelle auprès des clients ?

Philippe : Cela fait quatre ans que je suis en mission chez Arval, une filiale de BNP Paribas. À l’origine, j’ai été recruté pour créer et alimenter leur Design System, tout en accompagnant les chefs de projets sur des applications métiers. Mon rôle consistait à traduire des règles métier complexes en interfaces graphiques prêtes pour l’équipe de développement. Depuis plusieurs mois, ma mission a pris un virage majeur : je suis à 100 % dédié à l’intégration de l’IA dans les process design.

L’IA et le Low-Code : l’émergence des squads augmentées

Paul : Concrètement, comment l’IA transforme-t-elle la façon de faire du design ?

Philippe : Nous sommes en train d’automatiser le Design System avec l’IA et le Low-Code pour augmenter les designers. C’est ce que j’ai illustré en mai dernier à l’École 42 Paris lors de ma conférence à l’UX Reboot 2026 : le Design System n’est plus un simple catalogue de composants, il devient le moteur qui alimente l’IA pour générer nos maquettes et nos visuels marketing.

L’approche du travail change du tout au tout. Une petite squad de deux personnes augmentée par l’IA peut désormais développer un produit complet. N’étant pas développeur à la base, je peux aujourd’hui générer une première base de code qui sera ensuite vérifiée et ajustée par un profil tech. C’est un gain de temps et d’efficacité colossal, tout comme pour la définition des tokens ou la mise à jour des composants d’un Design System.

Garder le contrôle humain et éviter l’écueil du “design jetable”

Paul : Quels sont les pièges à éviter avec une adoption aussi rapide de l’IA ?

Philippe : L’IA est un outil neutre, mais extrêmement puissant. Si on met cet outil entre les mains de quelqu’un qui ne sait pas l’utiliser, on produit une quantité astronomique de choses de mauvaise qualité. Si un designer génère 500 maquettes médiocres en une semaine, on perd au final plus de temps à repasser derrière que si l’on avait travaillé à la main. Il faut aussi éviter l’effet de mode qui consiste à mettre de l’IA partout sans besoin réel.

La vraie question à se poser aujourd’hui, c’est : qu’est-ce qui va vraiment rester de tout ce que l’on produit ? Avec l’IA, on peut lancer 8 projets en même temps ou générer des prototypes en une nuit. Mais le risque, c’est de produire du contenu jetable. Le rôle du designer reste fondamental pour apporter la sensibilité humaine, cadrer la donnée, garder un sens critique et s’assurer que l’on construit des produits qui apportent une vraie valeur ancrée dans le temps.

L’évolution du métier : du pousseur de pixels au designer augmenté

Paul : Comment vois-tu l’avenir du métier de designer dans les prochaines années ?

Philippe : Le rôle s’est considérablement élargi. Quand on maîtrise l’IA à un niveau poussé, on devient un véritable couteau-suisse augmenté, capable de toucher au design, au prototypage, au code, au marketing et à la gestion de projet.

Il faut se rendre compte du virage qui s’opère : si l’on ne commence pas à s’intéresser à ces outils dès maintenant, dans deux ou trois ans, ce sera très difficile. Un fossé immense va se creuser entre le designer traditionnel qui se contente de « pousser des pixels » et celui qui est capable de concevoir des univers complets, automatisés et personnalisés grâce à l’IA.

La compétence clé aujourd’hui, c’est la curiosité et l’agilité intellectuelle. L’IA va à une vitesse folle, il faut réussir à capter rapidement ce qui est utile pour soi, tester sans cesse et apprendre à collaborer avec la machine.

Un mot pour la communauté

Paul : Quel conseil donnerais-tu aux designers qui hésitent encore à s’investir dans l’IA ?

Philippe : Mettez-vous à l’IA avant qu’il ne soit trop tard ! Il ne faut pas en avoir peur : loin de brider notre créativité, l’IA va au contraire l’augmenter et nous permettre d’explorer des projets d’une ampleur inédite.

 


Paul Courtois
Assistant Marketing & Communication Digitale chez UX-Republic